• Le conseil prête serment à l'empereur

    Le 15 septembre 1855, un nouveau conseil municipal est appelé à siéger. En voici la composition:

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Cette liste suggère quelques remarques: la quasi totalité des personnes ici citées avaient encore des descendants dans la commune il y a peu et la plupart en ont encore. Certains patronymes ont pu disparaître mais des branches latérales ont subsisté jusqu'à nos jours, ce qui montre l'incroyable permanence des populations.

    Les résultats du scrutin montrent bien d'une part qu'il existe alors toujours une limitation du droit de vote par le sexe et par la fortune. En effet, à ce moment là, Beaufort compte 448 habitants, à supposer qu'il y en ait une centaine qui soit au dessous de l'âge à partir duquel on pouvait voter, ça nous donnerait un corps électoral de l'ordre de 300 à 320 personnes et il serait bien étonnant que les résultats aient alors été aussi médiocres pour tous. Une explication est beaucoup plus vraisemblable: les femmes et, probablement certains indigents, ne peuvent voter. On retombe alors à un corps électoral de l'ordre de 150 personnes et on comprend mieux les résultats.

    Il ne faut pas se tromper sur l'intitulé de "propriétaire", même si cela sous entend que la personne concernée est en mesure de payer l'impôt minimum - le cens- autorisant à se présenter. Il faut signaler que beaucoup de délibérations font état d'une somme plus importante demandée aux contribuables les plus aisées. Ainsi par exemple lorsqu'il s'agit de payer son du à l'instituteur (sachant qu'il existe un instituteur public ("qui n'a que des indigents", dit le conseil) et un instituteur privé. En voici une preuve qui date de 1851.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Il n'est pas très facile de comprendre si les contribuables les plus aisés ici cités sont des membres du conseil ou s'ils font plus généralement partie de la population (hypothèse la plus vraisemblable). On nous pardonnera une petite note familiale, le Jean-Pierre Mouriquand que l'on voit ici comme membre du conseil (à notre connaissance éleveur de moutons) est le même évoqué ici qui devra s'enfuir par crainte de poursuites des autorité napoléoniennes.

    Lors de l'installation du nouveau conseil, le maire rappelle aux élus qu'ils doivent prêter le serment suivant: "Je jure obéissance à la constitution et fidélité à l'Empereur." Il est juste de préciser que lorsque la France avait seulement un président, on lui jurait aussi fidélité, de même, avant cela aux rois. Par ailleurs, les élus sont alors désignés, de façon pour nous surprenantes comme "fonctionnaires". Et le maire de préciser que "le refus ou le défaut de serment sera considéré comme une démission", que "le serment ne pourra être prêté que dans les termes" que l'on vient de voir et que "toute addition, modification, restriction ou réserve sera considérée comme un refus de serment et produira le même effet."

    Bref, Napoléon III tenait bien son monde et on ne rigolait pas. Sauf que la petite anecdote que nous avons rapportée concernant le dénommé Jean-Claude Mouriquand, républicain notoire et recevant même la nuit des proscrits à son domicile, montre que l'on ne craignait pas de jouer double-jeu. Et ce serment ne ralentissait pas ardeurs républicaines.


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mouriquand sur